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 "Frères à abattre" - Hugues Le Forestier porte le débat du GODF sur la place publique
Malaise au Grand Orient ? Hugues Le Forestier est conseiller de l'ordre du GODF, c'est-à-dire qu'il appartient au "Conseil d'administration" de 35 membres, élus par les loges, qui dirigent l'obédience. Aujourd'hui, Hugues Le Forestier publie un livre d'entretiens où il livre son opinion sur l'ensemble des sujets administratifs et financiers qui agitent le GODF depuis des années.  Hugues Le Forestier appartient à l'opposition actuelle et son livre est donc un réquisitoire contre les politiques menées par l'actuel Grand-Maître Jean-Michel Quillardet et celles de son prédécesseur, Bernard Brandmeyer. Cependant, si certains constats sont justes, la charge est excessive et les responsabilités plus complexes à établir.
L'obédience et les loges
L'obédience du GODF est une structure fédérale qui administre la collectivité des 1000 loges du GO. Cette structure a pour mission de mutualiser un certain nombre de moyens afin de faciliter le fonctionnement des loges : gestions du fichier des membres, création des loges, locaux, édition. Chaque loge verse à l'obédience une cotisation calculée sur la base du nombre de ses membres : c'est la capitation. Par ailleurs, l'obédience dispose de filiales pour gérer des locaux (la SOGOFIM), des éditions (EDIMAF, actuellement en liquidation).
Depuis de nombreuses années, la gestion financière de ces filiales et du GODF pose des problèmes chroniques, sans qu'il soit véritablement possible d'en imputer la responsabilité à une équipe plutôt qu'à une autre : le bénévolat et le turn-over des dirigeants s'oppose à une gestion quotidienne régulière. Déficits, opacité de gestion, gaspillages sont la conséquence de cette gestion.

Parallèlement, les loges travaillent avec efficacité, en demandant de moins en moins à une obédience dont les cotisations augmentent alors que les services rendus diminuent. Il convient donc de faire une distinction très nette entre la structure obédientielle d'un côté, soumise à des luttes de clans, et l'obédience elle-même, les loges et les frères qui sont focalisés sur leurs travaux de qualité.


Le rôle public de l'obédience ? L'extériorisation des loges !
La question est posée : quel doit être la ligne de partage entre la structure obédientielle et les loges concernant l'expression publique du Grand orient de france ?
Dans son livre, Hugues Le Forestier suit les traces de l'ancien Grand Maitre Alain Bauer : l'obédience doit être visible à l'extérieur, le Grand-Maître est un porte-parole. Le silence de l'obédience sur des sujets importants constitue au yeux de ceux-ci le revélateur du silence des maçons. Or, il convient de rappeler quelques éléments, dont les frères de l'Eau Vive se sont saisis dès la création de cette loge.

1. Le mandat d'Alain Bauer fut une confiscation à des fins personnelles de la communication publique du GODF. L'opinion publique a ainsi pû découvrir les prises de position d'Alain Bauer, y compris lorsqu'il s'agissait, par exemple, d'apporter un soutien incroyable aux trois dirigeants du journal Le Monde, mis en cause dans le livre "La face cachée du Monde". Cette connivence a permis à Alain Bauer de disposer sans retenue des colonnes du Monde.

2. Parallèlement, le Conseil de l'Ordre d'Alain Bauer rejetait systématiquement toutes les demandes de réunions publiques en provenance des loges dans lesquelles lui-même ou ses adjoints ne s'exprimaient pas. Quantité de débats locaux, de conférences d'un véritable intérêt local ou national voulus par les loges furent réduits à néant. Il n'y avait plus qu'une parole du GODF, celle du Grand Maître et du conseil de l'ordre.

3. Cette mise sous tutelle de la communication des loges n'est pas admissible et l'Eau Vive s'en est toujours émancipée : il ne peut y avoir de positions politiques du GODF sans que celle-ci n'émane de la majorité des loges. En revanche, les loges, détenant seules la légitimité maçonnique, doivent être libres de s'exprimer, de dialoguer avec les non-maçons ainsiq u'avec le tissu associatif et politique local.

4. Le rayonnement du GODF ne peut pas passer par le Conseil de l'ordre mais uniquement par les loges : c'est ce que nous enseigne l'histoire. Les grands débats ouverts par les maçons, comme le furent la sécurité sociale, la mutualité, l'avortement, aujourd'hui l'euthanasie et la bio-éthique, émanaient de loges et non d'un Grand Maitre qu'on n'entendait jamais.


Une gestion financière plus saine
Depuis plusieurs années, des réformes profondes sont en cours dans le domaine administratif et financier. L'administration du GODF était endormie sur des habitudes et les structures avaient à la fois grossi et vieilli sans que personne ne s'en soit alarmé. Le résultat en fut le gaspillage et le laissez-aller, sans que qui que ce soit n'en profite. Par la suite, les efforts constants de bonne gestion se sont heurtés, disons-le, à des réticences internes. Mais cet effort a été cependant poursuivi d'années en années : Hugues Le Forestier se focalise sur les deux ou trois ans qui viennent de s'écouler en fustigeant l'inaction ou les projets grandioses (projet du Musée) mais s'intéresse beaucoup moins à la situation antérieure et à un héritage qui vient de loin ! Que cela n'aille jamais assez vite est un reproche que l'on peut faire avec mesure si l'on considère le chemin déjà parcouru, avec une situation financière désormais assainie.
La société d'édition EDIMAF - qu'on avait laissé dans une situation chaque année plus critique - vient d'être mise heureusement en liquidation, stoppant ainsi une machine à déficit chronique.


Une démocratie à organiser
Oui le GODF est démocratique. Mais la vie démocratique n'est pas organisée. Des groupes informels se constituent, à défaut d'avoir une organisation démocratique en majorité et opposition. Le livre d'Hugues Le Forestier le montre bien : il mélange les genres, confond gestion de l'obédience, place de l'obédience dans le débat public et questions de personnes. Des réactions puériles se font jour : tel conseiller se plaint qu'on ne lui dise pas bonjour, tel autre se plaint de n'avoir pas été élu, Bauer démissionne du GODF parce que le convent lui refuse la parole. Cette situation, là encore, se limite à quelques instances : l'écrasante majorité des loges et des congrès régionaux fonctionnent de façon satisfaisante.

Aujourd'hui le GODF offre dans la presse nationale, et désormais grâce à Hugues Le Forestier, précédé d'Alain Bauer, en librairie, un visage pitoyable et dénaturé qui n'est pas le sien. La démocratie, c'est une majorité et une opposition : il appartient à ceux qui ne sont pas satisfaits de la nature ou du rythme des réformes de proposer et d'emporter une majorité. Il est difficilement acceptable, pour un franc-maçon du GODF d'apprendre par voie de presse, souvent mal intentionnée, les agitations de tel ou tel qui, de plus, ne représente guère que lui-même.




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